Valneva, le vaccin nantais contre le Covid toujours coincé aux portes de l’Europe

Faute d’accord avec la Commission européenne pour fournir son candidat-vaccin développé à Nantes, la biotech a annoncé qu’elle allait privilégier des discussions pays par pays. Un coup de poker risqué tant le précédent AstraZeneca a échaudé les Etats membres, dont la France.

Valneva, qui a développé un candidat vaccin dans ses laboratoires près de Nantes, peine à se sortir de la nasse européenne. Ses négociations entamées fin 2020 avec la Commission européenne pour fournir 60 millions de doses aux Vingt-Sept, dont 30 millions en option, traînent en longueur. A tel point que, fin avril, la biotech franco-autrichienne (issue de la fusion du nantais Vivalis et de l’autrichien Intercell en 2013) a décidé de court-circuiter Bruxelles en se disant prête à ouvrir des discussions bilatérales avec les Etats membres. « Nous avons consacré beaucoup de temps et d’efforts à essayer de répondre aux exigences du processus d’achat centralisé de la Commission européenne », a déploré Thomas Lingelbach, son PDG. Interrogée par France Inter sur le sujet, le 12 mai, la ministre déléguée chargée de l’Industrie Agnès Pannier-Runacher a toutefois assuré que les discussions avec l’Europe se poursuivaient afin de définir le prix de son futur vaccin.

En attendant, c’est au Royaume-Uni que Valneva va fournir et produire dans son usine écossaise son vaccin inactivé et adjuvanté, une première en Europe, qui vient d’entrer en essai clinique de Phase 3 en vue d’une autorisation de mise sur le marché à l’automne 2021. Le Premier ministre Boris Johnson lui a déjà commandé 100 millions de doses, dont 60 millions livrables avant la fin de l’année. Un accord assorti d’une option pour 90 millions de doses supplémentaires d’ici à 2025, qui pourrait rapporter jusqu’à 1,4 milliard d’euros à la biotech. Soit près de dix fois son chiffre d’affaires de 2020! « Nous avions besoin de fonds et le gouvernement britannique nous a apporté une réponse complète de financement des essais cliniques et d’une deuxième unité de production à côté de celle que nous avons déjà en Ecosse », nous expliquait récemment Franck Grimaud, directeur général du groupe. « Cet engagement à livrer ces doses en priorité au Royaume-Uni a refroidi la Commission européenne, qui ne veut pas voir rejouer l’expérience AstraZeneca », décrypte une source à Bercy.

Précédent AstraZeneca

L’exécutif européen a en effet lancé une procédure judiciaire contre le laboratoire anglo-suédois pour non-respect des délais de livraison des doses commandées, le soupçonnant d’avoir cherché à privilégier le marché britannique. Et si, selon cette même source, Valneva s’est engagée à trouver un arrangement avec le gouvernement britannique pour approvisionner l’Union européenne avant d’avoir livré toutes les doses promises outre-Manche, rien y a fait: « Le risque de voir les vaccins sortis du site de production en Ecosse bloqués à l’export par les Britanniques est un point bloquant. » Et ce, d’autant plus qu’en mars, la Commission européenne a elle-même durci ses règles pour les exportations de vaccins anti-Covid produits dans l’Union. Un effet boomerang n’est donc pas à exclure.

Accusé par les élus locaux nantais, entre autres, d’avoir négligé Valneva au point de la précipiter dans les bras des Britanniques, le gouvernement français continue de soutenir la stratégie européenne de constituer un portefeuille vaccinal commun aux Vingt-Sept. Mais le coup de poker de la biotech a fissuré les digues. « Si les négociations européennes ne devaient pas aboutir, la France pourrait engager des négociations bilatérales avec le laboratoire », concède-t-on à la Direction générale de la santé. A condition de ne pas arriver après la bataille, alors que le vaccin nantais est aussi lorgné par l’Australie et le Canada. « Valneva n’est ni Pfizer, ni Moderna, et il peut très vite se trouver face à un problème de capacités de production pour honorer ces contrats », relève Christophe Hénin, avocat associé au cabinet Intuity, spécialiste du secteur pharmaceutique.

Rentrée de cash

Il n’empêche. En défiant Bruxelles pour reprendre les rênes des négociations, la jeune biotech tire ses propres leçons du fâcheux précédent AstraZeneca. Pour Christophe Hénin, « Valneva montre qu’elle ne veut pas s’engager dans des clauses trop strictes de délais de livraison ou d’allocation de sa production qui bloqueraient ses plans de développement ». Car ses ambitions, elles, n’ont pas de frontière. Après Euronext, où il a franchi le seuil du milliard d’euros de valorisation, le spécialiste des vaccins contre les maladies infectieuses s’est introduit au Nasdaq. Le groupe a annoncé le 11 mai avoir levé un montant total brut de 107,6 millions de dollars (89,6 millions d’euros) dans le cadre d’une offre globale de nouvelles actions en Europe et aux Etats-Unis.

Une rentrée de cash bienvenue pour Valneva, qui prévoit ainsi de financer le développement de ses candidats-vaccins contre la maladie de Lyme et le chikungunya. Sans oublier celui contre le Covid-19, pour lequel il se positionne déjà sur les modifications potentielles du vaccin face aux variants ou sur les prochaines étapes de vaccinations de rappel. Hier, mercredi 19 mai, la biotech nantaise a d’ailleurs annoncé qu’elle allait participer à la première étude mondiale pour une vaccination de rappel… au Royaume-Uni. L’étude Cov-Boost, portant sur sept vaccins, dont celui de Valneva (VLA2001), est en effet financée par le gouvernement britannique. Et les premiers résultats sont attendus en septembre. « Nous sommes ravis de participer à cette nouvelle étude (….) », s’est réjoui son PDG Thomas Lingelbach dans un communiqué. « Nous demeurons pleinement engagés dans la finalisation du développement de notre vaccin et dans la mise sur le marché de notre solution vaccinale inactivée. » Le message est clair : avec ou sans l’Europe, Valneva trace sa route.

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