Vaccin Pfizer : les prix des doses vont augmenter

15,50 euros l’unité jusqu’à maintenant. Mais demain ? À quel prix l’Union européenne vient-elle par exemple de passer une commande ferme de 900 millions de doses auprès de Pfizer, ainsi qu’une option sur 900 millions supplémentaires, d’ici à 2023 ? Mystère. Le laboratoire américain se refuse à tout commentaire. « Autour de 20 euros sans doute », nous confie une source à Bruxelles. « Les négociations qui ont été menées sont ultrasecrètes. »

Un représentant de la Commission à Paris évoque même une « muraille de Chine » dressée autour des tractations. C’est que les fuites sur Twitter en décembre dernier concernant le prix unitaire du vaccin Pfizer-BioNTech ont laissé des traces. « L’augmentation des prix dans les contrats à venir est une réalité », alertait fin avril Agnès Pannier-Runacher, la ministre en charge de l’Industrie.

Une vingtaine d’euros la dose, ce serait alors plus que le prix actuel réglé par les Etats-Unis (environ 16,30 euros), mais encore inférieur à celui auquel s’acquitte Israël (22,70 euros). Selon des sources concordantes, le laboratoire américain joue actuellement la surenchère. « Pour la contrer, il faudra faire jouer la concurrence », confie-t-on à Bercy.

Une marge de 25 à 30 % sur chaque dose

Pfizer applique un système à trois niveaux différents. Le « prix fort » est réservé aux pays les plus développés économiquement : l’Europe, les Etats-Unis, le Japon ou encore le Canada. C’est parmi les plus élevés du marché avec celui de Mo­derna (commercialisé à 14,80 euros). Pour rappel, ceux d’AstraZeneca et Janssen s’y affichent respectivement à 2 et 7 euros la dose, soit pratiquement à prix coûtant.

« Dans les pays à revenu intermédiaire, nous le vendons en revanche à la moitié de ce prix, expliquait le 16 avril dernier le PDG de Pfizer, Albert Bourla, dans une interview donnée à plusieurs médias européens. Et dans les pays à faible revenu, comme en Afrique par exemple, nous le distribuons à prix coûtant. »

Pour bien comprendre l’enjeu, il faut avoir en tête que l’activité « vaccins » au sein du secteur de la santé n’occupe d’habitude que 3 à 5 % du montant des ventes de médicaments. Depuis le début de la pandémie, cette part explose. Un exemple ? En 2019, Moderna engrangeait 60 millions d’euros de chiffre d’affaires. Deux ans plus tard, après le dépôt du brevet de son vaccin, c’est la culbute : plus de 15 milliards d’euros sur l’ensemble de l’année 2021, selon les dernières estimations de la start-up américaine.

Pfizer n’est évidemment pas en reste. Grâce à son association avec BioNTech, le groupe américain table sur un chiffre d’affaires en augmentation de près de 12 milliards d’euros cette année, et 3,3 milliards d’euros de bénéfices. Comment ? Dès cette première année de pandémie, Pfizer a prévu une marge de 25 à 30 % sur chaque dose. Avec les trois milliards de doses qu’il prévoit d’écouler dès l’année prochaine, le laboratoire s’attend à engranger un joli pactole. Rien de surprenant dès lors qu’Albert Bourla a exprimé publiquement sa désapprobation, après que le président américain Joe Biden s’est dit favorable à levée des brevets.

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