Pourquoi la vaccination par le vaccin AstraZeneca patine

Tous les vaccins contre le Covid-19 doivent pouvoir être administrés par les pharmaciens, les infirmiers et les sages-femmes, en plus des médecins, afin d’accélérer la campagne de vaccination, a recommandé mardi la Haute autorité de santé. Le vaccin AstraZeneca va lui être étendu aux 65-75 ans atteints de comorbidités, soit 2,5 millions de Français en plus. Mais son utilisation patine. Seulement 25% des doses reçues en France ont été utilisées, contre 70% en moyenne pour les autres vaccins a indiqué hier le ministère de la Santé alors que la campagne de vaccination par les médecins traitants a démarré jeudi.

Pour le médecin Jérôme Marty, il ne faut pas surréagir. Les médecins n’ont reçu que jeudi dernier les doses à administrer, en pleine période de vacances. Derrière ce problème de timing se pose celui de l’organisation : « La majorité des médecins n’ont pas de secrétaire. On leur demande de vacciner une population entre 50 et 64 ans atteint de comorbidités. Il faut qu’ils cherchent eux-mêmes cette population, c’est une trentaine de coups de fils pour dix doses soit une heure, une heure et demie de travail, sans compter le temps de la vaccination elle-même ».

Un travail peu aidé par la défiance face aux vaccins et particulièrement face au vaccin anglais : « Certaines personnes prioritaires disent aux médecins vouloir attendre. Il y a une défiance mais pas seulement sur l’Astra Zeneca », assure le praticien. Une défiance qui n’explique pas toute seule les retards dans la campagne de vaccination: « La population de plus de 65 ans aurait dû être vaccinée avec le Pfizer mais on a pas été foutu de le faire parce que la campagne a été tellement mal organisée qu’on a mis plus de deux mois pour ne même pas finir la campagne de vaccination des plus âgés ».

Certains soignants adeptes des raisonnements « complotistes »?

Mais le vaccin AstraZeneca continue de faire peur: « J’ai eu quelques effets secondaires. J’ai eu mal à la tête puis j’ai eu de la fièvre, 39,5 degrés », témoigne Fabrice un auditeur sur RMC. Sophian, un infirmier libéral, a également peur des effets secondaires: « J’ai des patients qui ont besoin de moi tous les jours, qui ont besoin de soins. Si demain, je suis cloué au lit, il y aura des soucis. Je ne peux pas leur dire à dans quatre jours », appuie-t-il. « Ce sont des effets secondaires bénins, que l’on peut rencontrer avec n’importe quel autre vaccin », rappelle Jérôme Marty ajoutant que ces effets sont plus forts chez les jeunes.

Pourtant certains soignants refusent toujours de se faire vacciner avec ce vaccin: « Hors de question pour l’instant que je me fasse vacciner. Je laisse les gens le faire avant moi pour voir ce que ça donne pendant encore au moins trois, quatre mois facile. Et peut-être qu’après si on est obligé, je me ferai vacciner », assure à RMC une infirmière qui préfère rester anonyme.

« Vacciné ou pas vacciné, je fais les mêmes gestes barrières. Alors oui je ne serai plus un danger pour les autres. Manifestement, je ne le suis déjà pas. Ça fait un an que je n’ai pas vu le virus, que je ne l’ai pas refilé alors que j’ai pris en charge des patients atteints avérés », renchérit Bastien, infirmier libéral en Auvergne.

« Il faut insister. Il est nécessaire de se faire vacciner par l’AstraZeneca dès qu’on a moins de 50 ans. Il faut les vacciner et aller vite. Cette maladie a une forte densité de nosocomialité, cela veut dire qu’elle se transmet beaucoup du médecin au patient », soutient Jérôme Marty.

Quant à la vaccination obligatoire, « il va falloir y réfléchir », juge le praticien qui plaide pour l’instant pour des réunions obligatoires déplorant les raisonnements « complotistes » de certains soignants.

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