Pfizer, Moderna : les vaccins à ARN messager sont-ils efficaces contre les variants de la Covid-19 ?

Les sérums contre la Covid-19 des laboratoires Pfizer/BioNTech et Moderna ont un point commun : il s’agit de vaccins à ARN messager. Face aux mutations du Sars-CoV-2 comme le variant britannique, sud-africain ou indien, cette technologie est-elle efficace ? On fait le point.

La propagation des variants du Sars-CoV-2 à travers le monde continue de susciter l’inquiétude, car ces derniers sont plus contagieux, mais pourraient aussi remettre en question l’efficacité des vaccins. En France, le variant britannique représente désormais 77,6 % des contaminations. Les variants brésilien et sud-africain représentent quant à eux 6 % des nouveaux cas de Covid-19.

Si la campagne de vaccination s’intensifie dans l’Hexagone, avec plus de 20 millions de premières doses de sérum anti-Covid-19 injectées, la question de l’efficacité des vaccins, et notamment de ceux à ARN messager, sur ces mutations continue de se poser. Et pour cause : la majorité des premières doses ont été réalisées avec le sérum Pfizer/BioNTech.

Le vaccin Pfizer/BioNTech représente ainsi 69,5 % des premières injections réalisées en France. Le sérum Moderna, quant à lui, représente 7,8 % des premières doses administrées. Ces deux sérums ont un point commun : il s’agit de vaccins à ARN messager, une technologie qui pour objectif de faire produire par l’organisme les fragments d’agents infectieux pour déclencher la réponse immunitaire.

Pfizer et Moderna sont-ils efficaces contre le variant indien ?

Ces sérums nous protègent-ils contre les variants du Sars-CoV-2 ? Une étude menée par la NYU Grossman School of Medicine et le NYU Langone Center (Etats-Unis) s’est intéressée aux effets des vaccins à ARN messager sur le variant indien. Il s’agit de travaux préliminaires, qui n’ont pas encore été publiés. « Ce que nous avons trouvé, c’est que les anticorps du vaccin sont un peu plus faibles contre les variants, mais pas suffisamment pour que nous pensions que cela ait un effet important sur leur capacité de protection », a révélé à l’AFP le 17 mai Nathaniel « Ned » Landau, principal auteur de l’étude.

Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont prélevé le sang de personnes ayant été vaccinées avec le sérum Pfizer ou Moderna. En laboratoire, ils ont exposé ces échantillons sanguins à des virus synthétiques reprenant les spécificités des variants B.1.617 ou B.1.618 du coronavirus, découverts en Inde.

Résultat : les chercheurs ont constaté une réduction par quatre de la quantité d’anticorps neutralisants pour B.1.617 et par trois pour B.1.618. « En d’autres termes, certains des anticorps ne sont plus efficaces contre les variants, mais il y a encore beaucoup d’anticorps qui fonctionnent », a indiqué Nathaniel « Ned » Landau. Ainsi, « il y a suffisamment d’anticorps efficaces pour que nous pensions que les vaccins seront hautement protecteurs » contre le variant indien, a-t-il conclu.

Vaccins à ARN messager : moins efficaces face aux variants brésilien et sud-africain ?

Quid des autres variants ? Une étude parue dans la revueCell s’est intéressée à l’efficacité des vaccins à ARN messagers sur les mutations du coronavirus. Pour ce faire, les chercheurs ont prélevé les sérums, autrement dit la partie liquide du sang, de 99 patients vaccinés après une, puis deux doses de vaccin Pfizer/BioNTech et Moderna.

Les auteurs de ces travaux ont révélé que ces vaccins à ARN messager conféraient une bonne protection contre la souche historique du Sars-CoV-2 et contre le variant britannique. Concernant les autres variants, ils ont constaté « que les nouvelles souches décrites pour la première fois en Afrique du Sud étaient 20 à 40 fois plus résistantes à la neutralisation, et que les deux souches décrites pour la première fois au Brésil et au Japon étaient cinq à sept fois plus résistantes, par rapport au virus original », a expliqué Alejandro B. Balazs, professeur adjoint de médecine à la Harvard Medical School, chercheur adjoint au département de médecine du Massachusetts General Hospital de Boston et co-auteur de l’étude. Lorsque des virus sont moins sensibles à l’immunité conférée par la vaccination, on parle alors d' »échappement vaccinal ».

Des conclusions qui vont dans le sens de précédents travaux menés par l’Institut Pasteur sur le vaccin Pfizer/BioNTech. Les résultats révélaient qu’une semaine après la seconde dose, le vaccin était efficace à 80 % contre la souche originelle du Sars-CoV-2 et le variant anglais. En revanche, son efficacité passait à 60 % face au variant sud-africain.

De son côté, la Haute Autorité de Santé (HAS) « recommande à ce stade, de continuer à privilégier l’accès aux vaccins pour lesquels on dispose de données en faveur du maintien d’un niveau élevé d’efficacité contre le variant dit ‘sud-africain’ », parmi lesquels elle cite les sérums Pfizer/BioNTech et Moderna.

Covid-19 : Pfizer et Moderna adaptent leurs vaccins

Faut-il s’inquiéter de la potentielle baisse d’efficacité des vaccins à ARN messager lorsqu’ils sont confrontés aux variants brésilien et sud-africain ? DansThe Conversation, Anne Goffard, virologue au CHU de Lille, souligne les limites des travaux parue dans la revue Cell : « Cette étude, très rigoureusement menée, reste une étude ‘in vitro’ ; elle ne permet pas de tirer de conclusions quant aux conséquences cliniques de ces résultats obtenus sur des cellules en culture », indique-t-elle.

Autre aspect à prendre en compte : les vaccins basés sur cette technologie disposent d’un avantage non négligeable, car ils ont plus rapides à mettre au point, et donc à modifier. « Il y a des formats plus rapidement et plus facilement adaptables. Clairement, ce sont les ARN messagers », expliquait en mars dernier à l’AFP Sylvie Van der Werf, virologue à l’Institut Pasteur.

Actuellement, les laboratoires Pfizer et BioNtech testent ainsi l’efficacité d’une troisième dose de son vaccin contre les mutations du virus. De son côté, Moderna évalue notamment la nécessité de rappels spécifiques pour conférer une meilleure protection contre le variant sud-africain.

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