Le vague retour à la vie normale des pays «zéro-Covid»

Depuis vendredi, l’aéroport de Singapour accueille de nouveau des voyageurs du monde entier. Une première depuis deux ans. La plupart des pays «zéro-Covid», comme la cité-Etat asiatique, sortent peu à peu de leur stratégie d’isolement qui vise à éviter toute contamination sur leur sol. Ils sont contraints à ce revirement par la grande transmissibilité d’omicron, qui rend l’idée de se protéger totale illusoire – et très coûteuse –, par la décision du reste du monde de vivre avec le virus et par des bons taux de vaccinations, dans certains cas. L’arrêt de cette stratégie et l’ouverture de ces pays d’Asie et d’Océanie sont un moment particulièrement délicat pour eux.

«La stratégie “zéro-Covid” fonctionne si vous avez les moyens d’éviter l’importation du virus. Il faut donc un contrôle efficace aux frontières. Ensuite, il faut maintenir une stratégie de surveillance efficace pour réagir très vite en cas de fuite et circonscrire les foyers de contamination dès qu’ils apparaissent», expose l’épidémiologiste Pascal Crépey à Libération.

Confinements locaux stricts

Ce sont principalement des îles, des petits Etats ou des régimes totalitaires qui ont pu conduire cette stratégie. Ces deux dernières années, la Chine, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande ont décrété des confinements stricts dès les tout premiers cas détectés. Hongkong, Taïwan, Singapour ou encore la Corée du Sud sont d’autres exemples souvent avancés. Mais aucun pays ne peut rester hors du monde indéfiniment.

De fait, depuis le début de l’année, des flambées de Covid-19 ont eu lieu à Hongkongen Chine, en Nouvelle-Zélande ou encore en Corée du Sud. Les vagues précédent ou suivent les réouvertures des frontières, suivant les cas. Les conséquences de ces très fortes contaminations viennent rappeler quelques réalités sur le virus auquel le monde fait encore face.

Le variant omicron est vraiment beaucoup plus transmissible que tout ce que l’on a pu connaître jusqu’à présent. En Corée du Sud, avec une majorité de la population qui n’avait jamais rencontré ce virus, l’incidence est montée à 55 000 cas par semaine et par million d’habitants à la mi-mars, contre un pic à 38 000 en France en janvier.

Très transmissible, ce variant n’est pas «moins létal» que la souche historique du coronavirus. C’est bien la vaccination qui nous le fait apparaître moins dangereux. Ce printemps, si le virus ne circulait «que» deux fois plus à Hongkong qu’en Nouvelle-Zélande, il a fait – proportionnellement au nombre d’habitants – dix fois plus de morts à Hongkong. L’ancienne colonie britannique a connu pendant mi-mars un taux de mortalité plus élevé que les pires vagues subies par le Brésil, la Hongrie ou le Royaume-Uni. La différence entre Hongkong et la Nouvelle-Zélande ? Le taux de vaccination de la population en général, et surtout celui des plus âgés. A Hongkong, en janvier, à peine 20% des plus de 80 ans – les personnes les plus à risque de décès – avaient reçu deux doses de vaccin.

La Chine s’accroche à sa stratégie

Une sortie de stratégie «zéro-Covid» ne peut donc s’envisager sereinement sans un bon taux de vaccination. C’est ce que Pékin est en train d’expérimenter«Le pays fait face à une crise d’ampleur. C’est essentiellement le vaccin Sinovac qui a été utilisé, et il semble avoir peu d’efficacité contre les derniers variants», analyse Pascal Crépey.

La Chine connaît en ce moment des records de contaminations par le Sars-Cov-2. La capitale économique Shanghai et ses 25 millions d’habitants sont confinés depuis samedi. Les responsables locaux ont reconnu être «insuffisamment préparés» à l’actuelle flambée épidémique. La vague en cours les conduit même à ouvrir en urgence un hôpital de campagne géant de 40 000 places. Pourtant le pays s’accroche à sa stratégie zéro-Covid, jusque dans ses protocoles les plus extrêmes. A Shanghai, les autorités ont encore défendu ces derniers jours leur protocole conduisant à séparer les enfants positifs de leurs parents quand ceux-ci ne sont pas atteints par le Covid.

Outre les motivations politiques du régime de Xi Jinping, cette décision peut s’expliquer par la crainte de voir la mortalité s’envoler. En Chine, seulement la moitié des plus de 80 ans sont vaccinés. Par ailleurs, limiter la circulation du virus reste la meilleure manière d’éviter l’apparition de nouveaux variants. La Chine a déjà annoncé avoir détecté un nouveau variant, sans pour l’instant communiquer plus d’informations sur sa dangerosité.

Ailleurs dans le monde, des recombinants mêlant des caractéristiques de delta et omicron sont surveillés attentivement par les agences sanitaires. Pour le moment, aucun ne semble particulièrement préoccupant, mais ce n’est probablement qu’une question de temps avant l’apparition du successeur d’omicron.

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