Croissance : les nouveaux confinements du Covid risque de gripper le moteur chinois

Face à la recrudescence des cas de Covid-19 sur son territoire, la Chine a imposé un confinement à plusieurs dizaines de millions de Chinois dans le nord-est du pays, berceau de l’industrie automobile, ainsi qu’à Shanghai, la capitale économique. Une mesure qui nuit gravement au transport logistique, aux chaînes d’approvisionnement et a entraîné la mise à l’arrêt de très nombreuses entreprises.

Si aucune amélioration n’est rapidement constatée, « tous les équipementiers chinois devront arrêter leur production en mai », a indiqué jeudi le patron du constructeur chinois de véhicules électriques XPeng, He Xiaopeng.

XPeng est l’un des concurrents en Chine de l’américain Tesla, qui lui-même a suspendu depuis plus de deux semaines l’activité de sa gigantesque usine de Shanghai, en raison des restrictions contre le Covid.

Un haut responsable de Huawei, également présent sur le créneau des véhicules électriques, s’est fait ce vendredi 15 avril l’écho de ces commentaires et a prévenu que le temps était compté. Le géant chinois des télécoms ne fabrique pas de véhicules, mais fournit à des constructeurs des composants et son système d’exploitation HarmonyOS.

Les ventes de véhicules neufs en Chine ont ainsi reculé en mars de 10,5% sur un an.

Lire aussi 4 mn« Le temps finira par prouver que la Chine est du bon côté de l’histoire » (Pékin)

Même les grands constructeurs concernés

Les grands constructeurs internationaux sont également pénalisés par les confinements. Volkswagen a indiqué jeudi 14 avril qu’ils avaient un « impact sérieux » sur son activité en Chine, où le groupe dispose de coentreprises à Changchun (nord-est) et Shanghai. Du fait des restrictions de déplacements, le géant allemand de l’automobile se dit « temporairement incapable de répondre à la forte demande » sur le marché chinois.

Shanghai, qui dispose d’un des plus importants ports du monde, est un point d’entrée et de sortie capital des marchandises en Chine. Et le confinement de la métropole portuaire entraîne de nombreux retards logistiques. Le géant du transport maritime Maersk a ainsi évoqué jeudi « un encombrement des terminaux » au port de Shanghai. Maersk a depuis cessé de prendre de nouvelles commandes de conteneurs réfrigérés et de marchandises dangereuses.

Croissance de 4,3% malgré tout attendue pour le premier trimestre

Malgré ces perturbations, la Chine devrait annoncer lundi 18 avril un léger rebond de sa croissance au premier trimestre. Un groupe de 12 experts interrogés par l’AFP table en moyenne sur une hausse de 4,3% sur un an du produit intérieur brut (PIB) de la deuxième économie mondiale, sur la période janvier-mars. Pour rappel, le PIB de la Chine avait progressé de 4% sur un an au trimestre précédent.

Début 2022, « l’économie chinoise a connu un bon départ », estime l’analyste Gene Ma, de l’Institut de la finance internationale (IIF), notant une reprise de la demande en Chine, des exportations robustes et un meilleur approvisionnement énergétique, après des pénuries d’électricité à l’automne. Mais en mars, une flambée de la souche Omicron suivie de strictes mesures sanitaires pour l’enrayer ont « gravement perturbé les chaînes d’approvisionnement et l’activité industrielle », a-t-il souligné.

Lire aussi 4 mnSanctions : la Chine prépare ses arrières, CNOOC, le géant de l’énergie chinois, solde tous ses actifs en Amérique du Nord

« L’impact du confinement (sur l’économie) se fera sentir à partir d’avril » qui a marqué un summum pour les restrictions, prévient l’analyste Tommy Xie, de la banque OCBC, basée à Singapour. À contre-courant de bon nombre de pays qui optent pour une cohabitation avec le virus et lèvent les restrictions, la Chine continue à suivre une politique zéro Covid. Cette stratégie, qui a permis au pays de retrouver une vie quasi normale après le premier choc épidémique en 2020, pèse désormais lourdement sur l’économie en raison notamment des confinements.

Avant même ces confinements, le géant asiatique se préparait à un ralentissement de sa croissance, arguant de « risques » plus nombreux en raison des incertitudes mondiales liées au Covid-19 et à la guerre en Ukraine. Pékin s’est fixé comme objectif une hausse du PIB « d’environ 5,5% » cette année, ce qui serait pour la Chine son rythme de croissance le plus faible depuis le début des années 1990, hors période Covid. Des économistes doutent désormais que le pays parviendra à atteindre son objectif.

Lire aussi 2 mnLa guerre en Ukraine pourrait coûter un point et demi de croissance à l’Europe

La banque centrale chinoise abaisse un taux d’intérêt sur fond de Covid

Par ailleurs, la banque centrale chinoise a annoncé ce vendredi 15 avril une baisse de 0,25 point du taux de réserve obligatoire des banques. Ce taux est la part des dépôts que les banques sont tenues de garder dans leurs coffres. La dernière baisse du taux de réserve obligatoire remontait à décembre.

La mesure, qui sera effective au 25 avril, vise à alléger la pression sur les établissements financiers pour les encourager à accorder davantage de crédits, à des conditions plus favorables, aux entreprises, et in fine à soutenir l’économie. D’après la banque centrale, cette décision doit permettre d’injecter à long terme 530 milliards de yuans (77 milliards d’euros) dans l’économie.

L’ajout de liquidités « peut aider à la marge » l’économie, mais « ne s’attaque pas à la racine du problème », signale l’économiste Zhiwei Zhang, du cabinet Pinpoint Asset Management. Car « le principal défi […] est le variant Omicron, et les confinements qui restreignent la mobilité », estime-t-il. L’économie est également fragilisée par une crise dans l’immobilier avec les déboires du promoteur Evergrande, au bord de la faillite, qui grippe tout un secteur auparavant moteur.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.