Covid-19: pourquoi le nombre de contaminations ne baisse plus en France?

L’allègement du confinement est finalement plus restrictif qu’envisagé. Le Premier ministre Jean Castex a annoncé jeudi soir que le couvre-feu initialement prévu à 21 heures le 15 décembre sera avancé à 20 heures et que les cinémas, théâtres et musées resteraient fermés. Car même si « la situation sanitaire s’est considérablement améliorée au cours des dernières semaines, elle marque le pas depuis quelques jours ».

« Nous sommes sur une sorte de plateau », a-t-il souligné, alors que quelque 14.000 contaminations ont été recensées jeudi, relevant qu’elles avaient même tendance « à légèrement réaugmenter depuis quelques jours ».

« Ce n’est pas une reprise épidémique, c’est un plateau, mais nous savons que du plateau au pic, parfois les choses peuvent aller très vite », a également déclaré jeudi soir le ministre de la Santé Olivier Véran.

· L’arrivée du froid en Europe

Cette stagnation au niveau des chiffres, malgré les différentes mesures de restriction toujours en place, semble être en partie due à la météo, le froid favorisant la circulation du coronavirus.

C’est « un facteur contre lequel nous ne pouvons pas faire grand chose, c’est le facteur climatique. Le froid, l’humidité qui ont accompagné l’arrivée du mois de décembre dans notre pays et sur le continent européen », a expliqué jeudi soir le ministre de la Santé, soulignant que tous les pays européens se retrouvaient dans la même situation de stagnation, voire d’aggravation de la situation épidémique actuellement.

En France, le facteur météo pourrait « expliquer ce gradient Est-Ouest que nous constatons avec des niveaux d’incidence par exemple beaucoup plus faibles en Bretagne, qu’ils sont constatés en Savoie ou Haute-Savoie », où les températures sont plus rudes, explique Olivier Véran.

S’il ne peut pour le moment être avéré que le SARS-Cov-2 est plus virulent par temps froid, les médecins ont souligné à plusieurs reprises que ce sont les comportements adoptés l’hiver qui peuvent augmenter sa propagation. D’une part l’organisme est plus fragile à cette saison, et le système immunitaire s’affaiblit.

D’autre part, « ce qu’il se passe l’hiver, c’est que les gens se regroupent parce qu’il fait froid, ils se regroupent dans des espaces confinés et c’est comme ça que la transmission a lieu de façon encore plus importante », expliquait en octobre à BFMTV Jean-Michel Molina chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Saint Louis (Paris).

· La levée de certaines restrictions

La stagnation des indicateurs de la propagation du Covid-19 est peut-être aussi due « pour une part en raison de l’allègement de nos mesures et notamment des flux et des brassages de population qu’a entrainé la réouverture des commerces intervenue le 28 novembre« , a déclaré le Premier ministre jeudi soir.

« Je savais que la situation allait se dégrader, parce qu’on a levé le pied du frein en sortant du confinement en ouvrant les magasins: les gens se mettent à circuler, le virus circule », déclarait mardi Catherine Hill, l’épidémiologiste et biostatisticienne sur BFMTV.

Comme d’autres spécialistes, elle s’inquiète des fêtes de Noël, qui vont entraîner de nouvelles circulations inter-régionales et des rencontres inter-générationnelles. « Les fêtes de fin d’année font craindre que des contaminations importantes intrafamiliales aient lieu, comme cela a été observé lors des fêtes de Thanksgiving au Canada puis aux États-Unis« , a fait valoir lundi soir Jérôme Salomon, le Directeur Général de la Santé.

Afin de limiter l’impact négatif des vacances sur la propagation du coronavirus, le gouvernement a d’ailleurs décidé de ne pas lever le couvre-feu le soir du Nouvel An. Seul le 24 décembre fera exception, mais les Français sont pressés de respecter les gestes barrières lors de cette soirée, ainsi qu’une jauge de six adultes à table. Il est également conseillé de se faire tester et de s’isoler sept jours avant de retrouver ses proches.

· Le relâchement des Français?

Dernier point qui pourrait avoir contribué à ralentir la diminution des courbes du Covid: le relâchement des Français ces derniers jours. Le ministre de la Santé a avancé rapidement ce motif lors de la conférence de presse de jeudi soir, déclarant que « le relâchement collectif » avait « sans doute », eu un effet négatif.

Interrogé sur les prochaines phases du déconfinement jeudi matin sur BFMTV-RMC, le chef du service des maladies infectieuses et tropicales de Tenon à Paris, Gilles Pialoux, s’était fait moins timide: « On peut déjà règler ce problème là, les gens sont déjà déconfinés ils se sont auto-déconfinés, on le voit », avait-il déclaré.

Et les recommandations répétées ces dernières semaines pour les vacances de Noël pourraient ne pas être suivies par tous: selon un sondage Elabe pour BFMTV publié mercredi, un Français sur cinq déclare qu’il ne se soumettra pas à la règle du « pas plus de six adultes à table » pour les fêtes.

Or, alors qu’une troisième vague est redoutée par les médécins et scientifiques, il ne faut pas oublier que la propagation du Covid-19 dépend des comportements de chacun: plus les gestes barrières et la distanciation sociale sont respectés, moins le coronavirus circule.

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