Covid-19 : on vous explique en quoi consiste Covax, le dispositif permettant aux pays les plus pauvres d’accéder à la vaccination

« Personne ne sera en sécurité tant que le monde entier ne le sera pas. » Pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’accès équitable aux vaccins contre le Covid-19 est l’unique moyen d’atténuer la pandémie. C’est tout l’objectif du programme Covax, qui doit assurer cette accessibilité dans près de 200 pays et territoires pauvres, avec comme priorité les soignants et les personnes plus vulnérables. Le Ghana et la Côte d’Ivoire ont lancé, lundi 1er mars, des campagnes de vaccination grâce à ce système basé sur la solidarité internationale.

Qu’est-ce que Covax ?

Le système Covax, mis en place en 2020 sous l’égide de l’OMS et l’Alliance globale pour les vaccins et l’immunisation (Gavi), vise à fournir des vaccins contre le Covid-19 à tous les pays, quel que soit leur niveau de revenu. L’objectif est de mettre fin à la phase aiguë de la pandémie, en évitant que les pays riches ne s’approprient toutes les précieuses doses. D’ici fin 2021, le dispositif Covax ambitionne de vacciner d’au moins 20% de la population de chaque pays participant. Il est bâti sur un principe de solidarité internationale et comporte un mécanisme de financement qui permet à 92 pays à faibles et moyens revenus d’avoir accès aux vaccins gratuitement.

Cette alliance est le résultat d’un « effort fantastique qui a été rendu possible par une collaboration extraordinaire à la fois du G7, du G20 et de beaucoup de donateurs, mais aussi évidemment avec les producteurs de vaccins, avec les pays, avec les agences de santé », s’est félicitée Marie-Ange Saraka-Yao, directrice générale de Gavi, interrogée par franceinfo.

« C’est vraiment le début du plus grand déploiement de vaccins dans le monde et de l’histoire de l’humanité. »Marie-Ange Saraka-Yao

à franceinfo

« Sans Covax, il y a un fort risque que la majorité des gens dans le monde ne soient pas protégés contre le Sars-CoV-2, ce qui permettrait au virus de continuer à contaminer sans relâche », précise encore Gavi sur son site.

Qui participe à ce programme mondial ?

Ce dispositif s’inspire des campagnes de vaccination menées contre Ebola et rassemble des donateurs et des bénéficiaires. Comme l’expliquent Les Echos, il est conçu comme « une bouée de sauvetage pour les pays qui n’auraient pas du tout accès aux vaccins » et « comme une assurance pour ceux qui peuvent négocier des accords bilatéraux avec les laboratoires, mais qui ne sont pas encore assurés de recevoir des vaccins sûrs et efficaces ».

Au total, 190 Etats sont impliqués dans le programme Covax. Des agences de santé, des fabricants, des scientifiques, des acteurs du secteur privé (comme la Fondation Gates) ou de la société civile (comme l’Unicef) participent aussi à son financement. En 2020, plus de deux milliards de dollars ont ainsi été levés auprès de ces acteurs.

L’Union européenne, un des principaux donateurs, a déjà versé plus de 850 millions d’euros au pot commun, sous forme de subventions et de garanties bancaires. Dans le détail, la France a promis 100 millions d’euros, l’Espagne 50 millions et la Finlande 2 millions. Mi-février, le président des Etats-Unis, Joe Biden, a annoncé vouloir verser 4 milliards de dollars pour Covax, dont la moitié devrait être débloquée « très rapidement ».

Qui va recevoir les doses de vaccins ?

« L’idée, c’est, dans ces deux premiers trimestres, de distribuer au moins un demi-milliard de doses et évidemment d’aller crescendo, jusqu’à deux milliards de doses cette année », indique Marie-Ange Saraka-Yao. Pour atteindre cet objectif, l’OMS estime que cinq autres milliards de dollars sont nécessaires.

Début février, Covax a dévoilé la répartition des premières doses fournies. D’ici la fin du mois de juin, 337,2 millions de doses seront ainsi distribuées dans 145 pays et territoires. Les pays qui recevront le plus grand nombre de doses seront l’Inde (97,2 millions), le Pakistan (17,2 millions), le Nigeria (16 millions), l’Indonésie (13,7 millions), le Bangladesh (12,8 millions) et le Brésil (10,7 millions). La Corée du Nord figure aussi sur la liste, ainsi qu’un petit nombre de pays riches, dont la Corée du Sud, le Canada, l’Andorre, Monaco, la Nouvelle-Zélande, Qatar et l’Arabie saoudite.

Pour ne désavantager personne, les livraisons, qui dépendent de la production, doivent s’enchaîner au même rythme et proportionnellement à la taille de la population des pays bénéficiaires. L’Unicef, à la tête de la logistique vaccinale onusienne, se prépare donc à transporter des centaines de tonnes de vaccins tous les mois. Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, a reçu le 2 mars près de 4 millions de doses d’AstraZeneca sur les 16 millions attendues dans les prochains mois. De l’autre côté de l’Atlantique, la Colombie est le premier pays d’Amérique Latine à avoir bénéficié du système Covax, avec un premier lot de 117 000 vaccins Pfizer-BioNtech livrés à Bogotá. Le Pérou, le Salvador et la Bolivie seront les prochains bénéficiaires, indique l’OMS. Suivront la République démocratique du Congo, le Sénégal, le Rwanda, l’Ouganda.

Enfin, afin de faire face aux éventuelles flambées de Covid-19, un stock d’environ 5% du nombre total de doses disponibles sera préservé. Il est réservé aux organisations humanitaires qui en auraient besoin dans le cadre de la vaccination de réfugiés qui n’y auraient pas accès autrement.

La campagne est-elle déjà lancée ?

Oui. La Côte d’Ivoire et le Ghana, qui avaient reçu leurs doses la semaine précédente, ont inauguré ce dispositif d’aide à la vaccination lundi 1er mars. Le président ghanéen Nana Akufo-Addo, 76 ans, est devenu la première personne dans le monde à recevoir une dose du vaccin AstraZeneca financée par le mécanisme. « Il est important que je donne l’exemple », a-t-il déclaré.

En Côte d’Ivoire, le secrétaire général de la présidence et des membres des forces de défense et de sécurité ont été vaccinés. « Nous sommes au contact de la population et avons nous-mêmes des enfants », a justifié un militaire. Un centre de vaccination a été installé dans la cour du palais des sports d’Abidjan.

Quels sont les vaccins utilisés ?

Le dispositif Covax gère un catalogue de vaccins « le plus vaste et le plus diversifié au monde », avec neuf vaccins candidats en développement et neuf autres en cours d’évaluation. En tant que plus grande plateforme d’achat et de distribution de vaccins au monde, Covax peut négocier des prix compétitifs auprès des fabricants et ainsi offrir un accès égal à tous les pays participants.

Pour le moment, le vaccin AstraZeneca représente l’essentiel des quelque 337 millions de doses de vaccins que le dispositif Covax entend distribuer au premier semestre 2021. Et pour cause : le produit a l’avantage de pouvoir être stocké avec des moyens de réfrigération classiques. Un contrat d’achat anticipé avec AstraZeneca a ainsi été signé pour 170 millions de doses.

Des accords ont aussi été passés avec d’autres laboratoires. Fin janvier, le géant pharmaceutique Pfizer-BioNTech s’est engagé à fournir « à prix coûtant » 40 millions de doses de son vaccin dans le courant du premier trimestre 2021. D’autres pistes sont étudiées : le Serum Institute of India (SII) a donné son accord pour 200 millions de doses, avec une option pour 900 millions de doses supplémentaires, des vaccins AstraZeneca ou Novavax, tout comme le laboratoire Johnson & Johnson qui s’est engagé à fournir 500 millions de doses du vaccin Janssen, en attente d’une autorisation de l’Agence européenne du médicament. Une déclaration d’intention pour 200 millions de doses du candidat vaccin Sanofi/GSK a aussi été ratifiée.

Quelles sont les limites du dispositif ?

Le dispositif Covax a mis du temps à se concrétiser, comme l’expliquait franceinfo dans cet article. Selon Nathalie Ernoult, chercheuse à l’Iris interrogée par 20 Minutes, la mission a en effet misé sur les mauvais vaccins : au départ, elle n’avait « dans son portefeuille de vaccins ni Pfizer, ni Moderna, les deux premiers validés ». Les volumes de commandes ont aussi été sous-estimés, explique-t-elle : « Ils ont acheté 300 millions de doses à AstraZeneca. Pour vacciner les populations de 192 pays, on ne va pas aller très loin… » Selon elle, la mission a aussi « manqué de transparence sur les accords, les prix… Ce qui n’a pas contribué à faciliter la confiance des pays riches. »

La vaccination mondiale a donc débuté à deux vitesses. C’est ce qu’a regretté Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS, en déclarant qu’« au moins 130 pays, qui comptent 2,5 milliards de personnes, n’ont pas injecté un seul vaccin ». Selon lui, les trois quarts des vaccinations mondiales ont été faites dans seulement 10 pays, qui représentent 60% du PIB mondial. Autrement dit, pendant que les pays riches vaccinaient depuis décembre, les pays pauvres devaient attendre.

Fin février, le patron de l’OMS a ainsi accusé certains pays riches de « saper » Covax en continuant d’« approcher les fabricants pour s’assurer l’accès à des doses de vaccins supplémentaires ». Pour le patron de l’OMS, ces démarches ont pour conséquence une réduction du nombre de doses allouées à Covax. Il a ainsi soutenu l’idée de suspendre la propriété intellectuelle sur les vaccins contre le coronavirus, afin de pouvoir rapidement augmenter leur production.

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