Covid-19: Les vaccins français à la peine

Lundi 25 janvier, l’Institut Pasteur et son partenaire américain Merck ont annoncé l’arrêt de leur candidat vaccin, après une première phase d’essais cliniques décevante. « Le candidat vaccin a été bien toléré, mais les réponses immunitaires induites se sont avérées inférieures à celles observées chez les personnes guéries d’une infection naturelle ainsi qu’à celles observées avec les vaccins déjà autorisés », a constaté l’Institut Pasteur dans un communiqué. Autrement dit, ce vaccin ne protège pas assez.

Des concurrents très efficaces

Le vaccin de Pasteur utilisait comme base le vaccin contre la rougeole, auquel était greffée la protéine spicule du coronavirus, contre laquelle se mobilise notre système immunitaire. L’idée n’était pas nouvelle: la piste avait déjà été explorée en 2003 lors de la première épidémie de Sras. Mais les essais chez l’homme n’avaient jamais démarré car cette épidémie s’était arrêtée rapidement. « C’est bien évidemment décevant, mais il était de toute façon très difficile d’être aussi efficace que les vaccins à ARN messager, constate Odile Launay, infectiologue et membre du comité vaccin Covid-19. Les projets déjà bien avancés comme ceux d’AstraZeneca et de Johnson & Johnson aboutissent, mais pour les autres l’intérêt à continuer est limité. » Surtout avec l’arrivée des nouveaux variants. Si les protéines spicules du coronavirus changent de tête au gré des mutations, il faudra des vaccins facilement adaptables. Et la technologie ARN est imbattable sur ce terrain.

L’Institut Pasteur n’entend pas tout arrêter pour autant. Deux autres projets de vaccins restent à l’étude, même si ni l’un ni l’autre n’en sont encore à la phase d’essais cliniques. Le premier, totalement novateur, est un vaccin à ADN. Le deuxième, lui, fonctionne un peu de la même manière que celui abandonné, mais avec la particularité d’être un vaccin administré par voie nasale. Contrairement à tous les produits déjà sur le marché, il permettrait de bloquer le virus au niveau des voies respiratoires, et pourrait donc agir sur la transmission. « Il y aurait là un marché pour l’Institut Pasteur », confirme Odile Launay. À condition bien sûr de transformer l’essai concluant pour l’instant mené sur des souris.

Sanofi accuse lui aussi un retard préoccupant dans la mise au point de son vaccin. En décembre, le laboratoire français a annoncé qu’il ne serait pas prêt avant la fin de cette année, et non pas avant l’été comme prévu initialement, en raison de résultats moins bons qu’attendu lors de la deuxième phase d’essais cliniques.

Tout le calendrier doit être revu. Une nouvelle « phase II » doit démarrer en février et si les tests sont positifs, la « phase III », réalisée sur 30 000 personnes, pourrait être lancée au deuxième trimestre, avec des demandes d’autorisation effectuées dans la foulée. Cela aurait pour effet « de reporter au quatrième trimestre de 2021 la mise à disposition potentielle du vaccin », expliquait Sanofi, en décembre.

C’est évidemment un échec pour Sanofi, qui se retrouve ainsi distancé par ses principaux concurrents. « La course au vaccin est longue et le premier ne sera pas le vainqueur qui raflera la mise », tempère Marie Humblot-Ferrero, directrice associée au Boston Consulting Group, en rappelant que « les campagnes de vaccination dureront plusieurs années et dans le monde entier ».

De son côté, la direction du groupe tient aussi à relativiser en rappelant qu’en matière de recherche, il faut aussi tenir du compte du facteur chance. En clair, ce n’est pas tant Sanofi qui serait en retard, que les autres laboratoires qui seraient en avance, notamment parce qu’ils auraient misé sur le bon partenaire, comme l’américain Pfizer avec l’allemand BioNTech ou AstraZeneca avec l’université d’Oxford.

Pour le numéro deux mondial des vaccins, le coup reste rude, d’autant qu’il devrait annoncer jeudi 28 janvier, la suppression de 400 postes dans la recherche pharmaceutique en France. Cela ne concerne pas les vaccins, mais il n’est pas sûr que le grand public fasse la différence. « Le groupe s’est lancé depuis des années dans une course aux dividendes en multipliant les plans d’économies. À trop vouloir se spécialiser, il a aussi abandonné des pans entiers de recherche et perdu beaucoup d’expertise », affirme Thierry Bodin, coordinateur CGT chez Sanofi, qui regrette également le manque de transparence autour des difficultés de mise au point du vaccin anti-Covid.

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