Covid-19 : les failles du « modèle chinois »

Confrontée à un nouvelle vague épidémique, la Chine impose depuis fin mars un strict confinement aux 26 millions d’habitants de Shanghaï. Une politique zéro Covid de moins en moins acceptée par la population et qui révèle l’impasse de la politique sanitaire nationaliste des autorités, particulièrement sur le sujet des vaccins.

Editorial du « Monde ». Il y a exactement deux ans, le 8 avril 2020, la Chine mettait fin à une situation qui, soixante-seize jours durant, avait fasciné le monde : le confinement des 11 millions d’habitants de Wuhan, épicentre de l’épidémie liée à un virus jusqu’alors inconnu, le SARS-CoV-2, responsable du Covid-19. Alors qu’avec un décalage de quelques semaines la planète se trouvait à son tour confrontée à ce virus mortel, la propagande chinoise se vantait urbi et orbi d’avoir « remporté la guerre du peuple contre le virus ». Le nombre de décès infiniment plus élevé dans les pays occidentaux, et notamment aux Etats-Unis, permettait même au Parti communiste chinois de s’appuyer sur cette « victoire » pour proclamer « la supériorité » de son modèle. De fait, jusqu’à ce jour, une grande majorité de Chinois sont satisfaits – et même fiers – de la façon dont leur pays a géré cette crise.A Shanghaï, au nom de la politique zéro Covid, des enfants et des nouveau-nés séparés de leurs parents

Mais le vent tourne. Aujourd’hui, alors que le monde entier reprend une vie normale et apprend, grâce aux vaccins, à vivre avec le virus, la Chine est confrontée à une nouvelle vague épidémique. La vitrine du pays, Shanghaï, subit à son tour un confinement comparable à ce qu’a vécu Wuhan. Depuis fin mars, ses 26 millions d’habitants ne peuvent sortir de chez eux que pour se soumettre aux tests obligatoires. Alors que cette épreuve ne devait durer que quatre jours, nul n’est en mesure aujourd’hui d’en prévoir la fin.Pourquoi la Chine n’est pas prête à abandonner l’objectif de zéro Covid

Jeudi 7 avril, plus de 20 000 cas étaient recensés. Certes, l’immense majorité d’entre eux sont asymptomatiques et seules 824 infections ont été signalées, mais, en raison de la politique « zéro Covid » décidée par Xi Jinping, aucune souplesse n’est tolérée. Symbole de ce jusqu’au-boutisme, les enfants déclarés positifs sont hospitalisés et séparés de leurs parents. Malgré la mobilisation de l’armée et de plus de 300 000 membres du parti, les hôpitaux sont débordés et les livraisons de nourriture et d’eau potable chaotiques.

Faire taire les voix dissonantes

Les Shanghaïens, qui se considèrent volontiers comme l’élite de la Chine, n’hésitent pas à se plaindre. Un nombre non négligeable d’entre eux critiquent ouvertement la politique adoptée, souvent qualifiée d’inhumaine. Différence essentielle avec Wuhan, le virus commence à faire moins peur que sa gestion par les autorités. Face à ces critiques, le parti déploie sa panoplie habituelle : il modifie ses pratiques les plus contestées – un centre pour parents et enfants malades a été ouvert – et cherche à faire taire les voix dissonantes. Lorsque des habitants se plaignent un peu trop bruyamment sur leurs balcons, la police va jusqu’à envoyer des drones leur enjoignant de « contrôler le désir de liberté de [leurs] âmes ».Australie, Corée du Sud, Nouvelle-Zélande… Pourquoi ces pays abandonnent la stratégie « zéro Covid »

Lorsque le virus était très mortifère et les vaccins inexistants, la politique zéro Covid, fondée sur le triptyque « tester, tracer, isoler », pouvait se justifier. Mais, aujourd’hui, le confinement de Shanghaï et d’autres villes du pays, notamment Changchun, dans la province du Jilin, révèle surtout une double carence chinoise : la relative inefficacité des vaccins proposés et un faible taux de vaccination. Moins de 20 % des personnes de plus de 80 ans sont totalement vaccinées. Le reproche que l’on peut faire aux autorités chinoises est d’avoir bloqué, pour des raisons purement politiques, des vaccins occidentaux à ARN messager, plus efficaces. Bien qu’elle s’en défende, la Chine paie aujourd’hui le prix de sa politique sanitaire nationaliste.

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