Covid-19 : le masque est-il vraiment inutile en extérieur ?

Il est depuis des mois sur nos visages, à chacune de nos sorties. Le masque, obligatoire en extérieur dans la plupart des villes françaises depuis plusieurs mois, commence à en déranger certains. Selon eux, ce geste serait inutile dans la lutte contre la transmission du virus lorsqu’il est porté dehors. On fait le point sur ce que l’on sait.

D’où vient cette contestation ?

Un hashtag lancé sur Twitter « #ArretMasqueExterieur » a récemment été parmi les plus partagés. L’avocat connu des milieux complotistes Carlo Alberto Brusa, invité mercredi soir de l’émission de Cyril Hanouna, Touche pas à mon poste, lui a également donné écho. Selon lui, le masque en extérieur est inutile dans la lutte contre le Covid-19 lorsqu’il est porté dehors.

Une étude danoise est souvent citée pour étayer ce propos, comme dans ce tweet de Florian Philippot, ex-membre du Rassemblement national (RN) et président du groupe Les Patriotes. « Depuis le 18 novembre 2020 nous savons scientifiquement que le masque à l’extérieur ne sert strictement à rien. Étude danoise sur 4862 personnes. Même taux de contamination avec ou sans masque. […] Stop à cette déshumanisation. #ArretMasqueExterieur », écrit-il.

Que dit vraiment la science sur le port du masque en extérieur ? Comme l’a rappelé en novembre dernier Le Monde, les résultats de l’étude danoise citée par Florian Philippot ont été déformés. Mais si le port du masque en intérieur fait bien consensus, il est vrai que son efficacité en extérieur est plus difficile à démontrer. « En France, on ne sait pas comment l’on se contamine. En partant de ce constat-là, il est très difficile d’avoir des données sur le masque en extérieur », rappelle Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond-Poincaré, à Garches (Hauts-de-Seine). Mais cela ne signifie pas que se contaminer en extérieur est impossible. « Lorsque vous êtes à l’extérieur, dans un rassemblement, à moins de deux mètres, vous êtes certes dehors mais il y a une multiplication des risques de contaminations si vous chantez, buvez de la bière… », poursuit l’infectiologue, qui plaide pour le principe de précaution : « On a un bénéfice à se protéger tout le temps ». Surtout, l’obligation du masque dehors a permis de simplifier le port du masque dans la société, selon le scientifique. « Finalement, ça a le mérite de ne pas faire réfléchir : il y a quelque chose du bon sens et de la simplicité. On n’a pas à le mettre, l’enlever, le remettre à nouveau dès que l’on fait quelque chose. D’autant que vous ne savez pas de quoi votre journée est faite, si en sortant vous tombez sur votre voisine qui ne porte pas le masque et que vous papotez, il y a un risque, ou si vous croisez un joggeur qui souffle près de vous », illustre l’infectiologue. Pour Sandrine Raffin, spécialiste des changements, notamment en matière de santé, le masque obligatoire a permis de créer une norme sociale. « Quand quelqu’un se met à ne plus porter le masque dans les transports, on le regarde un peu mal, il est en dehors de la norme sociale. De manière générale, la norme du port du masque, dans la vie quotidienne, dans les magasins, s’est installée très vite ». Cette contestation est-elle représentative en France ? S’il est difficile à quantifier, le mouvement contre le port du masque en extérieur est loin d’être majoritaire dans la population. « Il n’y a pas vraiment de ras-le-bol, les gens l’ont accepté. C’est devenu un appareil de protection et même un réflexe », estime Benjamin Davido. « De manière générale, quand on est dans des villes, on le voit, le masque est bien porté. Il y a eu une grande acceptabilité, les Français ont adopté ce masque. Même si cela s’émousse, il y a eu un élan national », abonde Sandrine Raffin. La France fait-elle figure d’exception sur cette mesure ? Non. En Espagne et en Italie le masque est obligatoire en extérieur. En Grèce, depuis quelques jours également. En Belgique, dans la capitale, les autorités qui avaient rendu obligatoire le masque partout dans la ville, ont finalement renoncé. Dans plusieurs pays, des réflexions sont en cours comme au Royaume-Uni ou au Canada. En résumé Certaines figures connues des sphères complotistes veulent revenir sur l’obligation du port du masque en extérieur, arguant de son inutilité. S’il est difficile d’obtenir des données fiables sur les contaminations en extérieur, il est possible de s’infecter même dehors, rappellent les scientifiques, qui plaident pour le « principe de précaution ». L’obligation du port du masque dehors a aussi permis de normaliser son usage dans la société.

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