Covid-19 : faut-il craindre «l’effet Ascension» sur les contaminations ?

Le gouvernement appréhende le pont de l’Ascension, ainsi que les déplacements et les retrouvailles associées. Alors que le ministre de la Santé Olivier Véran a invité la semaine dernière «les Français à aller se faire tester massivement avant de retrouver leurs proches», Jean Castex a prévenu à son tour dans une interview au Parisien lundi 10 mai : «Il y a là un risque de nombreux chassés-croisés, et donc de brassage.» Un message répété par le Premier ministre sur le plateau du JT de France 2 mardi soir.

Ces derniers mois, les «effets Noël», «effets Nouvel An» et même «effets apéro» ont également suscité leur lot d’inquiétudes. Alors, les jours de fériés et les fêtes de famille sont-ils des moments d’accélération de l’épidémie ? «Le phénomène est difficile à quantifier», regrette auprès de Libération Pascal Crepey, enseignant-chercheur en épidémiologie et biostatistiques à l’Ecole des hautes études en santé publique de Rennes. De fait, la question se heurte immédiatement à une faiblesse des données épidémiologiques françaises de terrain.

Pas d’impact automatique et flagrant

«Les données sont limitées. Quatorze mois après le début de l’épidémie, on en est encore à se dire qu’il faudra attendre deux semaines pour comprendre les effets des mesures. C’est dommage, on aurait pu mettre en place des suivis fins de population dans les départements à faible incidence pour avoir des retours terrains concrets sur les conditions de contamination», regrette à son tour Mircea Sofonea, épidémiologiste à l’Université de Montpellier.

Pour le moment, seule l’étude ComCor de l’Institut Pasteur, dont les derniers résultats ont été publiés en mars, donne un élément de réponse. Chez les 45 % de malades qui connaissent la source de leur infection, seulement 21 % déclarent qu’ils se sont contaminés au contact d’un membre de leur famille hors foyer et 11 % avec leurs amis. Un risque qui semble donc comparable à celui des infections dans le cadre professionnel (15 %), et bien loin des 42 % des contaminations déclarées qui ont lieu à l’intérieur du foyer.

Ces limites de l’exercice étant posées, l’analyse des données globales (incidence, taux de mortalité, etc.) peut tout de même apporter des éléments de réponse. A première vue, il n’y a pas d’effet flagrant. «Il y a une superposition de deux phénomènes: le jour férié et le rassemblement familial, explique Pascal Crépey. Le jour férié enlève les risques de contamination liés au travail et à l’école, mais un rassemblement familial augmente les risques dans le cadre privé.»

Pics du nombre de tests effectués

En analysant rétrospectivement le nombre de reproduction «R0» (combien d’autres personnes un malade va contaminer), Mircea Sofonea ne décèle pas un impact systématique des fêtes et jours fériés sur la courbe des contaminations. «On ne voit pas d’effet ni pour la fête de la musique, ni pour le 14 juillet, ni pour la Toussaint, ni pour le 11 novembre», détaille-t-il. Les Français semblent avoir bien respecté les gestes barrières y compris durant les moments de détente en famille.

Donc pas de quoi s’inquiéter ? Pas si vite, l’effet relâchement a bien existé au moment de Noël. «On observe une hausse du nombre de reproduction au moment des fêtes de fin d’année», prévient Mircea Sofonea. Mais l’augmentation induite des nouveaux a été relativement modérée. D’ailleurs, la plupart des personnes semblent avoir compris que ces instants de convivialité sont des moments à risques, puisque les veilles de départs sont aussi, souvent, des pics du nombre de tests effectués.

Enfin, il reste un arrière-goût amer après les dernières prises de paroles gouvernementales. Comme si le contrôle des populations était le seul bouton sur lequel les dirigeants pouvaient appuyer, alors qu’il y a des efforts à faire aussi sur la question du télétravail, sur le traçage des cas-contact (bizarrement disparu de la communication de l’exécutif) et sur la ventilation des lieux clos.

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