Confinement en France : l’échéance reportée, les vacances seront cruciales

La France échappe pour le moment à un troisième confinement. Pour certains, sa mise en place est néanmoins nécessaire. Dans le Journal du dimanche, le 7 février, l’épidémiologiste Arnaud Fontanet a affirmé que « sans confinement, les chances de contrôler l’épidémie (étaient) minces ». Le professeur à l’Institut Pasteur et au Cnam a réagi pour la première fois sur le sujet et craint une dégradation sanitaire en cas de non-confinement. Pour lui, les « éventuelles nouvelles restrictions » vont dépendre de « notre capacité à contrôler la progression du variant anglais » du Covid-19. Pourtant, lors de sa conférence du jeudi 4 février dernier, le Premier ministre Jean Castex a déclaré que l’évolution de la situation sanitaire ces derniers jours ne justifiait pas de reconfinement. Le gouvernement poursuit donc son objectif d’éviter un troisième confinement, qui pourrait mener à des conséquences désastreuses, au plan économique comme psychologique. Jean Castex a également réaffirmé la confiance du gouvernement dans les Français, appelés à ne pas relâcher la pression et à se mobiliser afin de ralentir la pandémie de coronavirus. 

Le gouvernement mise notamment sur le télétravail, recommandé pour toutes les professions pouvant l’exercer. La ministre du Travail, Elisabeth Borne, a une fois encore demandé aux entreprises de faire preuve de responsabilité en ayant massivement recours à ce dispositif pour éviter un nouveau confinement, et en incitant les salariés à télétravailler au moins un jour de plus par semaine. « Il faut au maximum télétravailler. Tout ce qui peut être fait à distance doit être fait en télétravail. Si toutes vos activités peuvent être réalisées à distance, alors vous devez être à 100% au télétravail », a-t-elle martelé sur BFMTV vendredi. 

De même, les vacances scolaires représentent un enjeu majeur, mais aussi un sujet sensible pour le gouvernement qui n’a pas décidé de restreindre les déplacements entre les régions. « Nous avons choisi de ne pas limiter les déplacements entre régions durant les vacances d’hiver. […] Je vous appelle à la plus grande prudence durant ces congés. Nous sommes capables de surmonter cette épreuve. Nous pouvons et nous devons tenir. » Sur France Inter, Karine Lacombe s’est montrée une nouvelle fois inquiète face aux décisions prises ou non prises… « Le confinement est une histoire de sémantique. Plus on va mettre des mesures de limitation de l’activité et des déplacements, plus on va aller vers quelque chose qui ressemble à un confinement, qui éventuellement n’en portera pas le nom si c’est ça qui fait peur. Si on veut à un moment donné casser la courbe épidémique parce que le plateau sera vraiment trop haut (…) des mesures de coercition plus importantes sont inévitables ».

Le variant, l’élément clé du reconfinement ?

Le gouvernement et Emmanuel Macron « font confiance aux Français » mais face aux variants anglais et brésilien (notamment), la partie est-elle perdue d’avance ? Pour les spécialistes, si on ne prend pas la décision de reconfiner dans les jours à venir, ce dernier sera dominant. Selon les dernières données communiquées par Jean Castex ce 4 février, le variant anglais est désormais présent dans 14% des tests lors de la dernière semaine écoulée. Mais l’information importante et « inquiétante » dévoilée par Olivier Véran est la détection sur le sol français de quatre premiers cas d’infection au variant brésilien du coronavirus. Les variants sud-africain et brésilien « nous inquiètent encore davantage, d’abord parce qu’il existe moins de données sur les infections qu’ils entraînent, ensuite parce que certaines études tendent à montrer qu’il y a davantage de réinfections, et enfin parce que nous manquons d’éléments pour être pleinement sûrs que les vaccins seraient aussi efficaces sur ces variants » a expliqué le ministre.

À quoi ressemblerait un confinement hybride ?

Qu’on ne s’y trompe pas. Un confinement reste sur la table et pourrait encore être rapidement annoncé si les chiffres du Covid continuaient à grimper dans les deux à trois jours. Un confinement « hybride », susceptible de freiner l’épidémie sans aggraver la santé psychologique des Français, mais aussi la santé de l’économie du pays, serait à l’étude. La question de la jeunesse est au centre des préoccupations. Concrètement il s’agirait de ne pas conserver les règles du confinement de mars dernier ni même de novembre. Pour l’heure, la fermeture totale des écoles n’est pas envisagée même si une prolongation des vacances de février est sur la table afin d’éviter un brassage de la population. En cas de fermeture, un jour de présentiel serait notamment envisagé dans les classes supérieures. « Hybride » voudrait également dire la non-fermeture des commerces, mais la mise en place de jauges restreintes, de créneaux d’ouverture ou de prises de rendez-vous obligatoires. Enfin, dernier élément, les déplacements entre les régions posent une véritable question et pourraient être interdits dans cette formule « hybride » du confinement.

Quels sont les critères pour décider d’un confinement en France ?

Pour mettre en place son plan d’action, l’exécutif poursuit les consultations et les recommandations du Conseil scientifique sont toujours écoutées. Son président Jean-François Delfraissy a fait savoir dans les colonnes de L’Express en toute fin d’année 2020 que les autorités sanitaires scrutaient avec une vigilance accrue les indicateurs sur les taux d’incidence et le nombre d’hospitalisations.

Si les critères exacts pour reconfiner ne sont pas établis clairement, on se souvient que lors du premier confinement en mars 2020, le taux d’incidence, l’un des principaux critères d’évaluation de la dynamique épidémique, avait culminé à plus de 50 cas pour 100 000 habitants. Aujourd’hui, cet indicateur a largement franchi les 210 cas pour 100 000 en moyenne nationale, avec des taux dépassant localement les 400 cas pour 100 000, comme à Nice par exemple. Comme l’a indiqué Jean Castex lui-même le 14 janvier et comme on peut l’observer sur les cartes du Covid, plus aucun département en métropole ne se trouve aujourd’hui sous cette barre d’alerte des 50 cas pour 100 000 habitants. Pour rappel, quand Emmanuel Macron a annoncé le 2e confinement le 28 octobre dernier, le taux d’incidence dépassait les 480 cas pour 100 000 habitants. Mais ce critère est difficile à saisir du fait de plusieurs évolutions : en mars 2020, la politique de tests minimale sous-estimait très probablement le nombre de cas et depuis octobre, la méthode de calcul a encore évolué… 

Le nombre de reproduction du coronavirus peut aussi être considéré. Il doit quant à  lui être sous la barre de 1 nouveau patient contaminé en moyenne par malade pour que l’épidémie régresse. Et il est aujourd’hui au-dessus de ce niveau. A la mi-mars 2020, date du premier confinement, il était cependant estimé à près de 2. Fin octobre, avant le deuxième confinement, il était à 1,3. 

Jean-François Delfraissy a aussi indiqué que les autorités sanitaires considéraient avec une attention permanente « la courbe des hospitalisations« , qui a récemment bondit à plus de 28 000 patients hospitalisés alors qu’elle stagnait au niveau des 25 000 depuis le déconfinement à la mi-décembre. En réanimation, on compte désormais plus de 3000 patients soit peu ou prou le niveau de la fin octobre, au moment où le 2e confinement avait été décidé.

Le gouvernement regarde aussi de près le niveau de remplissage des services de réanimation pour éviter la saturation. Au 27 janvier, les patients Covid occupaient 61% des lits de réanimation. Ce taux était de 60% à la veille du deuxième confinement en octobre dernier.

A quelle date pourrait avoir lieu le reconfinement ?

Le gouvernement a bien en tête toutes les données de l’équation. Un reconfinement pourrait être terrible pour l’économie française, durement affectée par cette crise sanitaire. Sans restrictions supplémentaires en revanche, le virus se renforcera. La question en suspens est : faut-il attendre et jusqu’à quand ? Les premiers jours de février seront probablement en zone rouge. Le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy estimait le 24 janvier sur BFMTV qu' »il faudra probablement aller vers un confinement », jugeant la situation critique, notamment à cause des variants qui ont commencé à se propager sur le territoire. Celui qui conseille le gouvernement sur l’épidémie a depuis nuancé ses propos, dans Libération notamment, mais nie avoir changé de point de vue. « On n’est pas à trois jours près, ce n’est pas de l’extrême urgence comme une opération chirurgicale. Cette décision est extrêmement lourde il faut tout peser », a-t-il depuis précisé sur la chaîne d’info. Jean-François Delfraissy a aussi souligné devant une commission parlementaire ce vendredi que le gouvernement se trouvait face à un choix « générationnel » difficile : continuer à préserver la santé des plus anciens, mais peut-être au détriment de la santé mentale des jeunes. Quand à la date d’un reconfinement, elle doit pour lui être imminente : « La décision doit être prise entre la fin de semaine et le milieu de la semaine prochaine », ce qui nous ramène une fois encore dans les premiers jours de février.

De nombreux médecins et scientifiques ont plaidé depuis le début de l’année pour que soient mises en place sans tarder de nouvelles mesures de restrictions. Le 11 janvier, déjà, des médecins et membres de l’association PandémIA , estimaient qu’un reconfinement rapide était inévitable, dans une tribune publiée dans Le Monde, intitulée « Covid-19 : ‘Il est à craindre que l’aggravation de l’actuelle vague impose mi-janvier un nouveau confinement’. Dans une volonté de soulager le système de santé, ces médecins jugeaient que « le confinement strict et précoce est la meilleure arme contre la propagation virale, même s’il est de plus en plus mal vécu par la population ». Le constat a été partagé par l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, pour qui les mesures ne doivent pas tarder, le « couvre-feu à 18h étant la dernière chance avant le confinement » selon ses mots sur BFMTV. Martin Hirsch, directeur de l’AP-HP de Paris, a quant à lui estimé le 20 janvier qu’il faudrait probablement aller « au-delà » du couvre feu. Le 21 janvier, l’épidémiologiste Renaud Piarroux a considéré sur France Info qu’il était urgent d’instaurer un nouveau confinement. « Je dis au gouvernement, faites-le maintenant, faites-le moins longtemps, mais faites-le. […] On n’est pas sur une baisse ou une stabilisation, mais une augmentation du nombre de cas de contaminations. […] On va avoir ce que les Anglais ont pu voir, une remontée de l’épidémie. En ce moment en Grande-Bretagne, je me suis aperçu qu’en même pas trois semaines, on est déjà à 20 000 morts », s’est inquiété le médecin. L’efficacité du couvre-feu a aussi été nettement remise en question par le point épidémiologique de Santé publique France en date du 28 janvier, laissant la porte ouverte au reconfinement.

Reconfiner en février pour anticiper mars et avril

Une récente étude conjointe de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et de l’Institut Pasteur, publiée lundi 19 janvier, a présenté plusieurs modélisations concernant l’évolution de la crise sanitaire en France. L’Inserm y a intégré l’impact du variant britannique du coronavirus (VOC-202012/01), estimant que ce dernier serait dominant en France entre fin février et mi-mars. Selon l’organisme, un nouveau pic d’hospitalisations est donc à prévoir. Selon le rapport, « en l’absence d’interventions » (ce qui est purement théorique), « les nouvelles hospitalisations hebdomadaires devraient atteindre le niveau du pic de la première vague (environ 25 000 hospitalisations) entre mi-février et début avril ». La vaccination pourrait permettre de réduire de 20 à 40% ce potentiel pic d’hospitalisation, mais ses effets mettront plusieurs semaines avant d’être réellement visibles. Des éléments suffisamment solides pour pousser le gouvernement à reconfiner seulement au printemps ?

Un reconfinement « fait tôt » pourrait en tout cas permettre aux Français d’être plus sereins à l’arrivée des beaux jours. « Si le confinement est efficace, si le relais derrière est suffisamment efficace, on peut se projeter sur une fin de printemps ou un été relativement au calme », a récemment répondu sur France Info Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie et évolution des maladies infectieuses à l’université de Montpellier. 

Un confinement le week-end est-il envisageable ? 

Reconfinement « serré » ou reconfinement « hybride » ? Si un nouveau confinement était décidé, sa forme pourrait en tout cas évoluer. Entre le confinement de mars-avril 2020 et celui de novembre-décembre, des évolutions avaient déjà été décidées, notamment le maintien des écoles ouvertes. Cette fois, à la mi-janvier, plusieurs échos faisaient état d’un possible reconfinement le samedi et dimanche seulement. Le couvre-feu serait alors maintenu en semaine. « L’objectif serait ainsi d’assortir un couvre-feu national à 18h d’un reconfinement total le samedi et le dimanche », indiquait Le Figaro avant la conférence de presse du 14 janvier, estimant que cette piste était bien « sur la table ». Elle demeure d’ailleurs une éventualité pour un futur plus ou moins proche même si elle n’a finalement pas été annoncée à ce stade par le gouvernement.

Le confinement le week-end réduirait de manière considérable les déplacements et interactions sociales selon ses défenseurs et devrait ainsi permettre de limiter la transmission du virus sur le territoire. Et l’idée ne sort pas de nulle part. Cette mesure « hybride » avait déjà été évoquée avant le deuxième confinement en novembre dernier. Elle a même déjà été mise en place en France, en Guyane. Le couvre-feu avait été imposé l’été dernier de 17h à 5h du matin, assorti d’un confinement le week-end entre 13h et 5h.

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