Comment le Covid a modifié la consommation des usagers de drogues

COMPORTEMENT – « T’arrives à 18 heures, tu bois, tu prends tes traces et à 20 heures t’es perché. Bref, on se fait bien chier »

Le coronavirus et ses confinements n’ont pas été sans effet sur les usagers de drogues. L’Observatoire français des drogues et toxicomanies ( OFDT) publie son enquête annuelle sur les Tendances récentes et nouvelles drogues (TREND) consacrée à Marseille et à la région Paca.

Cette étude s’appuie sur des observations ethnographiques, c’est-à-dire directement auprès des acteurs, effectuées d’une part en milieu festif et d’autre part sur des populations en situation de précarité. Elle compile également les données collectées auprès des autorités, services de police et de justice, et centre d’addictologie et lors des journées défense et citoyenneté (JAPD).

« Les soirées privées, soit à domicile, ont donné lieu des consommations plus denses, avec des prises de produits plus importantes et moins espacées », relève Claire Duport, l’auteur de l’étude. « La quantité consommée n’était pas forcément supérieure en milieu festif ouvert, type festival, club, ou free party mais elle se réalise sur un temps plus court », précise-t-elle.

« T’arrives à 18 heures, tu bois, tu prends tes traces. Bref, on se fait bien chier »

Un effet résumé par ce témoignage d’un habitué des mondes festifs, issue du rapport : « Ces soirées se ressemblent toutes. T’arrives avant 18 heures pour pas avoir d’amende. Si tu es chanceux que, tes voisins ne sont pas chiants et que tu as le cul bordé de nouilles, il y aura peut-être un dj et tu pourras danser. Mais en gros, c’est tu bois, tu prends tes traces, tu es perché à minuit et ça peut durer jusqu’au lendemain matin. Bref, on vit tous les mêmes soirées et on se fait bien chier ».

Autre tendance énoncée par Claire Duport, le report des usagers de drogues sur d’autres produits, à la fois plus facilement disponibles et plus adaptés aux soirées en appartement. « Typiquement, la MDMA ou les ecstasys ne sont pas forcément faits pour des fêtes moins dansantes, dans de petits appartements ». Cela a donné lieu à des reports sur d’autres produits, comme la kétamine.

Aussi, « les réseaux de trafics se sont très rapidement adaptés », développant et élargissant leur zone de livraison, n’hésitant pas à communiquer sur les réseaux sociaux. Cela a permis aux personnes « bien insérées dans les réseaux de sociabilité liés à la fête de maintenir, voire d’augmenter » leur consommation pendant la période de confinement. À l’inverse, celles moins insérées et habitant à la campagne ont pu réduire leur consommation ou se reporter sur d’autres produits licites (alcool, médicament).

Dernier point, une prise de parole sur la consommation de protoxyde d’azote, « plus visible mais pas nouveau », considère Claire Duport qui ne souscrit pas « à la panique morale et médiatique actuelle ». Des propos tempérés par un échange avec une jeune pharmacienne du public, qui travaille dans une association de réduction des risques et observe des consommations plus massives, entre adolescents et sans initiation pouvant « aller de 50 à 100 ballons en une soirée ». Ce qui occasionne des « troubles que l’on ne voyait pas avant ». Certains nécessitant des hospitalisations et rééducations après d’importantes carences en vitamines B12 causées par une intoxication aiguë de protoxyde d’azote.

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