Cas de coronavirus en Ligue 1 : « Les joueurs se contaminent ailleurs que dans les stades », estime l’épidémiologiste Antoine Flahault

Cas de coronavirus en Ligue 1 : « Les joueurs se contaminent ailleurs que dans les stades », estime l’épidémiologiste Antoine Flahault

L’épidémiologiste Antoine Flahault recommande aux joueurs de se méfier du monde extérieur et des contacts en intérieur, alors que les cas de cornavirus se multiplient dans les effectifs de Ligue 1

INTERVIEW – L’épidémiologiste Antoine Flahault recommande aux joueurs de se méfier du monde extérieur et des contacts en intérieur, alors que les cas de cornavirus se multiplient dans les effectifs de Ligue 1

Permettez-nous de commencer par un poncif : tout va très vite dans le football. Un jour vous voyez grand et rêvez de voir la jauge des stades à plus de 5.000 supporteurs, le lendemain le coronavirus vous ramène à la réalité en s’infiltrant dans l’effectif de plusieurs clubs de Ligue 1, freinant leur préparation estivale à deux semaines de la reprise. Des cas à Lille et Nantes, d’abord, puis à Strasbourg et Montpellier, qui se sont affrontés le 27 juillet dans un match avant lequel les Alsaciens n’avaient pas jugé utile de se refaire dépister étant donné qu’ils s’étaient déjà soumis au test nasopharyngé la veille d’un autre amical, contre Nîmes.

Pas mal secoué par le virus depuis le début de l’épidémie, le MHSC ne s’est pas privé de faire la morale à son dernier adversaire dans un communiqué : « notre adversaire Strasbourg n’a pas refait de tests avant de nous affronter et dénombre aujourd’hui neuf cas au sein de son effectif. […] Des tests pratiqués ce vendredi détermineront si le match contre Strasbourg a créé d’autres cas au sein du groupe. »

Qui a raison, qui a tort, l’histoire le dira. L’important est ailleurs. La recrudescence des cas de coronavirus et sa réapparition dans les effectifs de Ligue 1 pose des problèmes auxquels il faudra être capable de répondre avant le 21 août, notamment en ce qui concerne l’harmonisation des protocoles sanitaires, dont la Ligue a déjà promis qu’ils seraient réajustés au vu du contexte. En attendant, 20 Minutes a posé quelques questions foot et coronavirus à Antoine Flahault​, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève.

Les cas augmentent en France donc fatalement ils augmentent dans le football professionnel français ?

Non, ce n’est jamais une fatalité d’être infecté par le Covid-19 dans le sens ou c’est une maladie transmissible entre personnes et dont on peut réduire la transmission. Et en général c’est quand on n’a pas réduit le risque de transmission qu’on est contaminé. En particulier dans des circonstances qui aujourd’hui, dans l’épidémiologie qu’on a et particulièrement celle de Genève par exemple que je connais bien, 40 % des nouvelles contaminations cet été ce sont dans des night clubs et des bars. Ce sont des populations jeunes, sans doute comme celles des footballeurs, qui, lors de fêtes soit privées, soit en lieu public se contaminent parce que c’est difficile dans ces moments-là d’avoir des mesures barrières.

Le football présente l’avantage de se jouer à l’extérieur, mais courir à côté d’un joueur, tacler un joueur, être essoufflé à côté d’un joueur sont peut-être autant de comportements à risques ?

Je pense que ce serait intéressant de demander aux joueurs contaminés s’ils ont fréquenté des bars ou des lieux mal ventilés, clos, dans lequel ils ont pu aussi avoir été contaminés et à ce moment-là voir s’il n’y a pas de clusters révélés. Ou si c’est en effet via le jeu lui-même en extérieur. Il y a très peu de cas documentés en extérieur. Même lors de matchs comme celui entre l’Atalanta Bergame et Valence, il n’y avait pas de gestes barrières mais il y a aussi eu une troisième mi-temps dans les bars et c’est là que les gens se sont principalement contaminés. Mais ce n’est pas nécessairement dans les stades. Jusqu’à présent, les milieux extérieurs étaient des milieux diluant beaucoup les particules en particulier les petits postillons et pas très propices à la propagation du Covid-19. Jusqu’à preuve du contraire, c’est souvent en milieu intérieur que se sont contaminés ces footballeurs.

Donc malgré la promiscuité rencontrée lors d’un match de football, celui-ci n’est pas un contexte favorisant car il se joue en extérieur ?

Oui, parce que vous savez, on dit qu’il faut être dans une forte promiscuité mais pendant plus de 15 minutes. Le match de foot, en admettant qu’un des joueurs soit contaminé, peut vous exposer à ce joueur mais la plupart du temps sur des contacts très brefs, qui durent quelques secondes. A mon avis, ils sont très peu à risques, ces contacts. Le contact le plus à risque, je pense, c’est lorsque le joueur va au vestiaire, va dans les réfectoires, a sans doute une vie de jeune pas très préoccupé par le Covid-19. Les jeunes se trouvent aujourd’hui plus ennuyés par le Covid-19 que préoccupés par la maladie.

Des joueurs de plusieurs équipes françaises ont récemment été contaminés, dont ceux de Strasbourg et Montpellier, qui se sont affrontés. Les Alsaciens avaient été testés négatifs avant un match contre Nîmes, quatre jours plus tôt, mais n’ont pas réitéré avant de jouer Montpellier. Il n’y a donc aucune marge d’erreur ?

C’est un peu préoccupant mais je relativiserais pour deux raisons. Le test négatif n’indique pas l’absence du virus. Il y a la sensibilité du test qui est de l’ordre de 60 %, il y a donc un certain nombre de personnes qui peuvent être négatives tout en étant porteuses du virus. Le contraire est moins vrai. Quand vous avez un résultat positif c’est à 99 % mais quand vous avez un test négatif on ne peut pas dire que vous êtes non-porteur. La deuxième chose, c’est que le test n’est pas agréable et tant qu’on n’a pas de test salivaire ni de test plus facile que ce test nasopharyngé on peut comprendre que les footballeurs n’aient pas envie de se faire tester chaque semaine. Il faut écouter ça, et réfléchir pourquoi pas à d’autres tests moins invasifs, quitte à ce qu’ils soient moins sensibles.

Dans certains cas, les cas contacts peuvent être mis en quarantaine pendant une semaine. Dans d’autres, on va plutôt isoler uniquement le joueur positif. Quelle solution est la meilleure ?

La quarantaine des cas contacts, c’est un standard qui s’est imposé avec le Covid-19 donc je comprends qu’elle soit préconisée dès lors qu’on s’est rendu compte que des gens infectés pouvaient transmettre le virus avant qu’ils aient des symptômes. Or, ces cas contacts qui n’ont pas de symptômes peuvent transmettre le virus et il vaut quand même mieux qu’ils ne jouent pas sur ces périodes-là. Je comprends assez bien le principe, c’est de la vraie prévention que de mettre en quarantaine les cas contacts.

C’est viable à long terme ?

La question du football convient d’être traitée d’une manière différente. On a affaire à des jeunes qu’il conviendrait de protéger comme si c’était des personnes à risques ou âgées en matière de Covid. Si vous voulez éviter les contaminations, je ne pense pas que ce soit dans les stades que les gens se contaminent, je pense que c’est ailleurs que les joueurs se contaminent. C’est cet ailleurs que les joueurs doivent éviter. Je ne pense pas que ce soit viable car tant qu’il n’y aura pas de vaccin, on sera enquiquinés par ce virus et en particulier le milieu de sport. Si les sportifs veulent continuer de jouer… Vous savez, les joueurs font beaucoup de sacrifices et là il y a un sacrifice qu’on ne leur a peut-être pas assez répété qui est celui des soirées festives qu’ils apprécient particulièrement. S’ils veulent pouvoir continuer à jouer sans qu’il y ait ces contaminations au fil des matchs et de la saison le mieux c’est qu’ils soient beaucoup plus prudents que ceux de leur génération sur ce sujet-là.

Le monde extérieur, c’est l’ennemi numéro un ? Créer une bulle comme en NBA, ce qui est clairement utopique en Ligue 1, serait donc la seule solution de préserver les joueurs ?

On n’a jamais aucune garantie car il y aura toujours des possibilités d’introduction du virus par l’extérieur mais comme on l’a dit, l’introduction du virus se fait très certainement par ce monde extérieur. Là est l’enjeu : limiter les contacts des joueurs avec l’extérieur tout au long de la saison. C’est très pénible. Le compromis le plus acceptable, c’est une recommandation très forte de porter des masques dans toutes les circonstances dans des lieux clos, de leur recommander de minimiser leur présence dans des bars, en milieux clos, préférer les terrasses extérieures, vraiment ventilées, des lieux extérieurs et de porter le masque le plus possible. C’est une façon d’avoir une vie pas trop monacale, de réduire le risque et de faire prendre conscience aux joueurs qu’ils ont une santé respiratoire aussi précieuse que celle de leurs pieds.

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