5 choses à savoir sur le cannabidiol

Cette substance extraite du cannabis est de plus en plus intégrée dans des huiles, capsules ou baumes à vocation bien-être. Un ingrédient encore un peu sulfureux mais qui gagne à être connu.

Fumer du cannabis, c’est illégal et déconseillé pour la santé. Mais de plus en plus de marques proposent des produits contenant du cannabidiol (CBD), un actif issu de la même plante. Même le célèbre chef pâtissier Philippe Conticini l’a intégré dans l’une de ses dernières créations ! La clientèle de cet ingrédient star n’est pas forcément celle qu’on imagine… « Beaucoup de femmes dans la cinquantaine ou la soixantaine l’utilisent pour apaiser le stress ou les douleurs articulaires par exemple », observe Aurélien Bernard, créateur de Cebedia, une boutique en ligne de produits à base de CBD. L’usage de cette substance encore peu connue soulève quelques questions.

Le cannabidiol, c’est vraiment légal ?

Le CBD n’est qu’un des nombreux principes actifs extraits des plants de cannabis. Tout comme le THC (tétrahydrocannabinol), c’est un cannabinoïde, une substance chimique psychoactive qui active des récepteurs du système nerveux. Mais contrairement au THC, il ne fait pas « planer » et ne semble pas induire de phénomène de dépendance ni présenter de danger pour la santé, d’après l’Organisation mondiale de la santé. Pourtant, son statut juridique reste flou en France. Il n’est pas classé comme stupéfiant, et officiellement, rien n’interdit la commercialisation de produits à base de CBD (extraits de plants de cannabis à moins de 0,2 % de THC), s’il n’y a aucune trace de THC dans le produit fini. Les autorités françaises ont cependant tenté d’interdire des e-liquides pour cigarettes électroniques à base de CBD. La Cour de justice européenne a finalement confirmé la légalité de ces produits disponibles en ligne mais aussi dans des boutiques ayant pignon sur rue. En Belgique, l’huile de CBD se trouve même en vente libre en pharmacie depuis l’an dernier.

Comment le CBD fait-il du bien ?

Aucune vertu thérapeutique ne peut être revendiquée par les fabricants. Mais des études (sur un nombre de personnes encore assez faible) montrent beaucoup d’effets encourageants. Le CBD agit en effet sur le système endocannabinoïde, un ensemble de récepteurs (notamment à la sérotonine) qui régulent l’appétit, l’humeur, le sommeil… Il est avant tout calmant et anxiolytique. « En me basant sur les retours d’expériences de mes patients, j’observe qu’il est même plus efficace sur l’endormissement qu’une plante comme l’eschscholtzia, avec le gros avantage d’avoir une action rapide, dès le premier soir, sans les effets secondaires des somnifères. Ça vaut le coup d’essayer », résume le Dr Franck Gigon, médecin généraliste phytothérapeute, auteur de Stupéfiant ! Le chanvre va t-il sauver le monde ? (éd. de l’Opportun). « Mais la réponse au CBD est très variable d’une personne à l’autre, ce qui suscite parfois des déceptions », prévient Aurélien Bernard. Il ne faut donc pas hésiter à essayer différents dosages. Le CBD a aussi une action intéressante sur l’inflammation (notamment au niveau cutané dans les pathologies comme le psoriasis ou l’eczéma) et donc sur les douleurs inflammatoires en cas d’arthrose, de polyarthrite, etc. « Il fait aussi partie des nouvelles armes qu’on peut essayer pour les douleurs neuropathiques », ajoute le Dr Gigon.

Le cannabidiol est-il vraiment sans danger ?

La principale contre-indication, c’est si vous prenez déjà un traitement médicamenteux. Il faut alors systématiquement en parler à votre médecin avant d’essayer car il peut y avoir des interactions, notamment avec le CBD par voie orale, inhibiteur de certaines enzymes du foie qui peut modifier l’assimilation des médicaments. « Il faut être prudent en particulier si l’on prend déjà des psychotropes tels des antidépresseurs », précise le Dr Gigon. Des effets indésirables existent si l’on dépasse une certaine dose (variable selon la sensibilité de chacun) : bouche sèche, maux de ventre ou de tête, diarrhées, nausées… et évidemment, somnolence. Mais ils disparaissent généralement en réduisant la dose et aucun effet grave n’a été rapporté.

À gober ou à masser ?

Le CBD se présente sous plusieurs formes, à choisir en fonction de l’effet recherché. Les huiles, dosées de 5 à 40 % de CBD (le prix augmente en fonction de la concentration), sous forme de gouttes ou de perles à laisser fondre sous la langue, sont les plus courantes. Les actifs passent alors directement dans la circulation sanguine et assurent un effet rapide. Il existe aussi des capsules ou gélules mais « de manière générale, je déconseille de l’avaler car plus de 80 % des actifs sont détruits dans l’estomac et le foie », indique le Dr Gigon. On trouve aussi des cosmétiques (baumes, huiles, gels, crèmes…) à base de CBD, moins dosés mais intéressants quand on cherche une action locale, notamment sur les douleurs musculaires ou articulaires (souvent en complément des huiles par voie orale) ou les problèmes de peau. Les aliments (gâteaux, bonbons, chocolat, miel…) infusés au CBD ont un effet beaucoup plus léger, essentiellement relaxant. Enfin, il existe des cartouches de CBD, à utiliser avec un vaporisateur spécial : plus fortement dosées et avec un effet très rapide, elles peuvent être conseillées si vous vapotez déjà.

Le cannabis thérapeutique, c’est pour bientôt ?

Les produits en vente libre contenant du CBD se distinguent des médicaments à base de cannabis. De nombreux pays européens autorisent ces derniers mais pas encore la France. Une expérimentation lancée par l’Agence de sécurité du médicament débute ce printemps et va durer deux ans : des médecins et des pharmaciens se sont portés volontaires pour être formés et prescrire des produits pharmaceutiques à base de cannabis à des patients souffrant de douleurs neuropathiques, d’épilepsie, d’effets secondaires de chimiothérapies ou encore de spasmes douloureux liés à la sclérose en plaques que les traitements habituels échouent à soulager. Les médicaments proposés contiennent à la fois du THC et du CBD, en proportions variables selon les indications. L’objectif : vérifier la sécurité et l’efficacité avant d’envisager de généraliser leur prescription en France.

Dr Franck Gigon, médecin généraliste phytothérapeute, auteur de Stupéfiant ! Le chanvre va-t-il sauver le monde ? (éd. de l’Opportun).

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